Les nouveaux espaces de travail, le confort comme à la maison

Un constat évident : les nouveaux espaces de travail contiennent presque autant de mobiliers “design“ que l’intérieur d’un domicile fraîchement mis au goût du jour.

Cette idée restée latente depuis le salon WORKSPACES à Paris de cette année, m’est aujourd’hui apparue comme évidente : en arrivant au salon dédié aux nouveaux espaces de travail, je me suis senti comme au salon maison et objets.

En effet, tous les ingrédients présents laissent à penser qu’on le se sentirait au bureau un peu comme chez soi, sur son canapé ou dans son salon avec son doux éclairage réalisé par un luminaire led un peu rigolo, dans un coloris en rupture avec le reste de la déco mais pas trop…pour ne pas non plus jurer avec l’ensemble.

De nombreuses typologies de mobilier apparaissent ça et là, et voudraient vous rappeler vos souvenirs d’enfants (table d’écoliers 2.0), assis sur des bancs, partageant le temps d’un cour un même espace de travail, ou bien encore, ces alcôves en duo ou en quatuor, prodiguant la convivialité perdue de ces cafés et bars en voie de disparition

En fait, les nouveaux penseurs des futurs espaces de travail cherchent à recréer artificiellement ses moments d’échanges, de bien-être, de convivialité. Le but n’a d’ailleurs jamais été caché. Il s’agit de faire renaître un sentiment d’humanité jusqu’alors peu présent, n’ayant que peu de place face à la productivité. Recréer les interactions, voilà l’objectif, car elles sont au coeur même de la création d’idées, de la résolution de problèmes…et de la compétitivité des entreprises. Aussi, si ces interactions sont de qualités, elles seront sources de bien-être au travail.

Même si cela reste synthétique, on ne peut que saluer l’amélioration des conditions de travail que cela procure. Plus de confort, un environnement qui promeut un sentiment d’autonomie, d’efficacité, ne soyons pas ingrat et profitons-en.

Ainsi, couleurs et matériaux, formes et fonctionnalités, tout ce qui constituait il y a peu de temps encore, 2 mondes bien différents entre le monde pro et perso, s’unissent peu à peu. Un exemple facile mais parlant est celui d’IKEA, depuis longtemps acteur majeur influant sur la composition de nos intérieurs, est aujourd’hui bien présent sur le secteur pro, avec peu de différenciation dans les modes vies.

Il y a tout ce pan d’espace digital que l’on porte et emporte avec soi, sans distinction de style de vie. Lorsque cette vie perso est rendue plus efficace par ses nouveaux outils digitaux, les retrouver à son bureau est une évidence, même si cela donne de nombreux cheveux blancs à nos services DSI.

Encore une fois, on ne pourrait que s’en réjouir sauf si cette professionnalisation du confort des espaces ne laissait pas poindre un revers de médaille :

À force d’optimisation, de rationalisation et de standardisation de ces nouveaux modes collaboratifs, au delà de la potentielle perte de sincérité dans ces relations artificiellement provoquées, n’y aurait-il pas un appauvrissement, un manque de richesse et de diversité des modes de travail ?

Un signal très présent lors du salon, son icône représentative est l’alcôve.

Vitrée ou non, pour 1, 2 ou 6 personnes, mobile, modulable, connectée, air conditionnée… Je crois me souvenir que près d’un exposant sur deux avaient à offrir quelque chose en ce sens. Pourquoi diable autant d’alcôves ? Est-ce la nouvelle mode, le nouveau standard pour travailler ? Travailler dans un aquarium est-ce ça l’avenir du bureau ?

Je pense que cette standardisation est un moyen de maîtrise. Cela autorise cette aire de jeux, mais la cadre en même temps. Le confort comme à la maison, mais dans une certaine limite. La vie en collectivité familiale – même peu nombreuse – est déjà un sport de tous les jours, et chacun sait qu’en collectivité professionnelle les débordements sont paroxystiques.

Au delà du conformisme annoncé sur les modes de collaborations, c’est bien les règles du vivre ensemble qui pointent le bout de leur nez. Car apprendre à travailler ensemble c’est d’abords apprendre à vivre ensemble. Rien ne nous y a préparé réellement auparavant, ou du moins pas dans ces proportions, ni dans les échelles d’une grande entreprise, de la taille d’une ville.

Finalement, l’innovation tant attendue par ces nouveaux modes de collaborations, n’est ni plus ni moins que le résultat d’un vivre ensemble efficace, pour mieux comprendre l’autre, faire preuve d’empathie, essayer de lui rendre service, de l’aider à résoudre des problèmes ou déjà de les comprendre… et à minima de laisser une table propre.

Innover, c’est l’empathie interne à l’entreprise qui au fil du temps deviendrait une empathie tournée envers l’extérieur, vers l’utilisateur et donc trouver les moyens d’améliorer sa vie, de répondre à ses besoins avec des solutions qui ont du sens.

Innover c’est d’abords rappeler aux gens, vos collègues et vous-même qu’ils font parti de ce monde auquel il participe avec leur travail et leurs idées, et que respecter les utilisateurs avec des innovations qui font sens, c’est respecter directement ou indirectement quelqu’un qui vous est proche. Cette proximité est celle réalisée par procuration dans ces nouveaux espaces.

La standardisation des environnements et des modes de travail autour du confort, établi un référentiel des relations humaines socle, à la base de l’empathie, de la confiance et de la bienveillance nécessaires à la production d’innovation. Cette professionnalisation des relations humaines créé les conditions d’un climat confortable et de respect des autres, avec les autres, pour promouvoir une culture d’innovation bienveillante, manquant pour le moment peut-être de diversité dans ses outils et ses équipements, mais au moins universelle et généralisée.

… à suivre

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